Nouvelles / Projets
4 avril 2019
Violence basée sur le genre : Le théâtre comme moyen de sensibilisation

Filona Jean est la coordonnatrice départementale du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes dans le Nord. Son principal rôle est la défense et la promotion des droits de celles-ci, grâce à des actions d’éducation et de sensibilisation. Le 18 janvier, elle est intervenue auprès d’une vingtaine de femmes, représentant plusieurs communautés dans cinq communes du département, sur le thème de la violence basée sur le genre. En bonne animatrice, elle commence d’abord par interroger les participantes sur leur connaissance de « ce fléau à éradiquer dans la société haïtienne ». 

Leurs réponses et leurs commentaires montrent bien qu’elles sont relativement avisées sur le sujet. Elles insistent, entre autres, sur le « déséquilibre » observé dans les rôles des hommes et des femmes dans la société.  

« Cette situation est inacceptable ! Elle n’est pas normale (…) C’est juste un héritage social », lance Filona qui invite ces leaders à continuer de s’organiser pour la défense de leurs droits et le changement de « la mentalité machiste persistante dans le pays». 

Témoignages tragiques 

Chaque femme qui intervient témoigne de la réalité de sa communauté respective, en termes de pratique des actes de violence, voire même de viol, dont est victime la gent féminine. Les histoires tragiques rapportées concernent davantage des jeunes adolescentes.

Une élue locale de la commune de Grande Rivière du Nord raconte qu’une adolescente est enceinte de son beau-frère. Ce dernier a logé la victime chez son père pendant la période de grossesse jusqu’à la naissance du bébé. Huit mois après son accouchement, la jeune fille porte une autre enfant cette fois-ci pour son beau-père, qui l’a également abusée. 

Dans la commune de Limonade, une participante rapporte qu’une fille de 14 ans est enceinte de son père. Intimidée par  celui-ci, l’adolescente refuse d’en  parler ouvertement. Les gens de la communauté gardent eux aussi le silence par peur des représailles.

 « Cette situation est inacceptable, cela doit changer », déclarent ces témoins, insistant aussi sur le rôle et la responsabilité des parents dans l’éducation sexuelle des enfants. « Les organisations de la société civile doivent aussi jouer leur partition », ajoutent-elles. 

Le théâtre pour sensibiliser

Ces représentantes des comités de femmes utilisatrices des services de santé (CFU) se sont exprimées dans le cadre de la réalisation d’une rencontre de témoignages en vue de la production d’une pièce de théâtre sur les violences basées sur le genre. Les témoignages recueillis serviront à alimenter la scénarisation de la pièce, dont la finalité est de sensibiliser principalement les communautés desservies par le projet. La sortie officielle devait se tenir dans l’une de ces communautés le 8 mars 2019, à l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes. 

De cette date à la fin du mois d’avril, les autres communautés accueilleront la représentation théâtrale. Un court-métrage sera par la suite réalisé à partir de celle-ci. Les institutions de santé, les CFU et d’autres organisations locales bénéficieront du produit fini. Il sera mis à la disposition de la coordination départementale de la condition féminine, de la direction sanitaire du Nord et du ministère de la santé publique. 

Le projet ACOSME de USI et de CECI inclut des stratégies et des activités en lien avec la question de l’Égalité Femme Homme, un des points centraux de l’amélioration de la santé maternelle, néonatale et infantile. La question de l’élimination de la violence basée sur le genre constitue un déterminant prépondérant de la santé des femmes.


Nous suivre